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Une des photos iconiques du rugby à XIII : Les héros de la finale 1963 de la NRL, Norm Provan et Arthur Summons (by newspaper photographer John O'Gready). Les mêmes, 50 ans plus tard...





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Il était une fois...

La légende

La belle histoire voudrait qu'au cours d'une partie de football à la mi-1823, William Webb Ellis, élève du collège de Rugby (the Rugby School) et futur pasteur, porta dans ses bras le ballon derrière le ligne de but adverse alors que la tradition était de le pousser avec les pieds.


les origines

En réalité, les origines du rugby sont bien plus complexes et anciennes. Dans l'antiquité, sur les rivages du bassin méditerranéen ont existé des jeux qui peuvent être considérés comme les ancêtres du rugby. Ainsi, les Romains pratiquaient un jeu, l’harpartum, qui se jouait avec une outre de cuir (une balle dure faite de bandes de cuir enroulées).

En France, au Moyen Age, se jouait un jeu opposant 2 équipes (village contre village) nommé la Soule ("la guerre pour une vessie de porc"), surtout pratiqué en normandie et en bretagne. Cette opposition dépourvue de règles précises occasionnait beaucoup de blessés.

Position de la ville de Rugby
Position de la ville de Rugby

Plus près de nous, les collèges britanniques pratiquaient un jeu de ballon dérivé de la soule. Chaque collège avait ses propres règles et le jeu au pied et à la main étaient fréquents.

Avec l'apparition du chemin de fer, les collèges ne vont plus être isolés et des rencontres sportives vont devenir possibles. Il faut bien, dès lors, se mettre d'accord sur les règles à adopter. On voit ainsi, dans les premières rencontres, les matchs se dérouler selon la règle du collège qui reçoit.

Les débuts du rugby s'inscrivent dans le contexte du renforcement de la pratique de sports "collectifs" dans l'éducation des public schools, notamment la Rugby School avec à sa tête le headmaster (directeur) Thomas Arnold, qui vise dans les années 1830 à rééduquer les enfants des classes aisées (haute bourgeoisie et aristocratie).

la soule
la Soule

Cet éducateur britannique s'appuie alors sur les sports athlétiques, notamment le football rugby, pratique populaire lors des fêtes des campagnes et dont les valeurs viriles et guerrières doivent permettre à ces jeunes de pouvoir se maîtriser dans un affrontement violent, de fortifier leur corps pour mieux pouvoir le soumettre à la morale victorienne.

La nomination de Thomas Arnold en 1828 marque un tournant pour l'établissement. Sa force de caractère et sa ferveur religieuse lui permettent d'en faire un modèle suivi par les autres écoles privées, exerçant une influence sans précédent sur le système éducatif du pays, la pratique des sports et de la compétition occupant une place éminente.

Cette pédagogie doit également leur apprendre à diriger les institutions et les entreprises dans un futur proche. La pratique sportive d'Arnold se diffuse progressivement dans d'autres écoles grâce aux élèves et aux enseignants passés par Rugby.

Mais très vite, se fait sentir le besoin d'édicter des règles plus uniformes. Leur écriture génère des querelles entre les partisans d'un jeu favorisant le droit de donner des coups (hacking) et les partisans du jeu au pied (dribbling) qui voulaient limiter ce jeu jugé trop violent. De cette querelle naîtra le Football Association (soccer) et le Rugby-Football du nom de leur organisation respective.

Thomas Arnold
Thomas Arnold

Cette pratique, qui faisait désormais la particularité du football joué dans la Rugby School (ce "centre du christianisme musclé" selon son directeur) que nous connaissons aujourd'hui sous le nom de Rugby Union s'est véritablement développé ici et y a également acquis ses premières règles formelles.

Le rugby football, sera codifiée pour la première fois le 7 septembre 1846 à Rugby, par une assemblée solennelle des meilleurs joueurs du collège, puis en 1851 à la Edinburgh Academy et le 8 décembre 1863, à Cambridge, par les étudiants de cette université, tous d'anciens élèves de Rugby.

Le "Rugby-Football" était né.

L'écriture des règles permet la diffusion du jeu et le Dublin University Football Club, fondé en 1854, est le premier club au monde à pratiquer les Rugby School rules.

Dès 1857, les règles sont exportées en Australie et le premier club, le Sydney University Football Club, y est fondé en 1863.

Ci-contre ou ci-dessous (en fonction de la taille de votre écran) vous trouvez une représentation graphique de 1862 d'un terrain de rugby-football.

1862 Rugby School Rules
1862 Rugby School Rules

Schisme entre football et rugby

Le club de Blackheath FC, du nom d'un quartier situé au sud-est de Londres, est à l'origine du schisme entre football et rugby. Le 26 octobre 1863, Francis Maude Campbell, tésorier du club de Blackheath, participe à la fondation de la fédération anglaise de football, la Football Association (FA) à Londres.

Rapidement, Campbell se trouve en opposition avec la direction prise par les débats car la majorité entend adopter les "règles de Cambridge" qui bannissent l'utilisation des mains et limitent les contacts. Or, si Blackheath est prêt à des concessions, il n'est pas question d’éliminer le "hacking", c’est-à-dire les contacts directs, que lui et son club considèrent comme essentiel.

Blackheath a rédigé son propre code et l’article 10 stipule : "s’il est autorisé de tenir tout joueur pris dans un regroupement (scrimmage), il est en revanche interdit d’essayer d’étrangler ou d’asphyxier, car cela va à l’encontre des principes du jeu" (sic).

Blackhearth
Blackhearth

Bref, interdire le "hacking" revenait à dévoyer la pratique en lui ôtant "le courage et le cran". Campbell déclare lors d’une réunion de la FA : "je me fais fort de vous amener un grand nombre de Français qui vous battront après une seule semaine d’entraînement". De ce fait, lors de la sixième réunion de la FA, Campbell annonce que son club se retire pour pouvoir continuer à pratiquer son football.

C’est ainsi que Blackheath joue un rôle majeur dans l’établissement des sports d’équipe modernes, en s’attachant à ce qui devient le "rugby football", c’est-à-dire le football joué selon les règles de l’école privée de la ville de Rugby.

D’autres clubs suivent Blackheath, notamment le Richmond Football Club. Les affrontements semestriels avec Richmond, le plus ancien affrontement régulier entre deux clubs de l’histoire du rugby, sont instaurés le 19 décembre 1868.

Le 26 janvier 1871, des représentants de Blackheath se retrouvent, à l’instigation des dirigeants de Richmond, au restaurant Pall Mall dans le centre de Londres pour créer avec les délégués de 19 autres clubs la Rugby Football Union (RFU) et mettre au point un "code de pratique", c’est-à-dire des règles unifiées pour le rugby

plaque commémorative
Plaque commémorative de la (RFU) au restaurant Pall Mall dans le centre de Londres

Cette année 1871 voit aussi l'Écosse et l'Angleterre s'affronter le dimanche 27 mars 1871. C'est la première rencontre internationale jamais disputée.

Il est disputé par deux équipes de 20 joueurs, en deux mi-temps de 50 minutes. Seules les transformations, les drops et les buts après marque (essai) rapportent des points à cette époque.

Le match a lieu à Raeburn Place, situé à Édimbourg. Les Écossais gagnent le premier match international de l'histoire par un essai transformé contre un essai non-transformé pour les Anglais. Ainsi, l’Écosse l’emporte 1 à 0 devant 4 000 personnes.

Ce match marque le début de la plus ancienne rivalité sportive internationale du rugby, qui se sanctionne depuis 1879 par la Calcutta Cup — faisant de celle-ci le plus ancien trophée du rugby — et dont les confrontations annuelles se font désormais dans le cadre du Tournoi des Cinq puis des Six Nations.

calcutta cup
Calcutta Cup

Schisme entre rugby union (XV) et rugby league (XIII)

Pendant ce temps, le professionnalisme est autorisé en 1885 pour le football et le premier championnat de ce sport se dispute entre 12 clubs en 1888-1889. La création du championnat (Northern Football League) n'est pas le fait de la Fédération mais une initiative des clubs cherchant à présenter un calendrier stable et cohérent.

L'existence d'un réseau ferroviaire de plus en plus étendu rend possible cette évolution initiée par William McGregor, président d'Aston Villa (club de Birmingham). Ce premier championnat est professionnel, et aucun club du Sud du pays n'y participe.

L'Angleterre est alors coupée en deux : le nord du pays acceptant pleinement le professionnalisme et le sud le rejetant. Cette différence a des explications sociales.

Le sud de l'Angleterre est dominé par l'esprit classique des clubs sportifs réservés à une élite sociale.

Dans le nord dominé par l'industrie, le football professionnel est dirigé par des grands patrons n'hésitant pas à rémunérer leurs joueurs pour renforcer leur équipe, de la même façon qu'ils recrutent de meilleurs ingénieurs pour renforcer leurs entreprises.

Blackhearth
Equipe de Preston (doublé cup et championnat saison 1888-1889)

Pendant cinq saisons, le championnat de football se limite aux seuls clubs du Nord. Le club londonien d'Arsenal passe professionnel en 1891.

La ligue de Londres exclut alors de ses compétitions les Gunners d'Arsenal qui rejoignent la compétition du nord en 1893.

La Southern Football League est créée en réaction (1894).

Cette compétition s'ouvre progressivement au professionnalisme mais ne peut pas éviter les nombreux départs de clubs du sud vers la compétition organisée par le nord.

En rugby, dès les années 1880, se pose la même problématique.

Le schisme du rugby en deux sports distincts prend grandement sa source dans la césure sociologique distinguant les clubs huppés d'Angleterre méridionale de ceux à recrutement plus prolétaire du nord du pays.

C'est en effet tant l'opposition des notables qui dirigent alors le rugby que celle des joueurs du Sud majoritairement issus des milieux estudiantins qui interdit aux équipes des comtés du nord de l'Angleterre (Yorkshire et Lancashire) d'autoriser les compensations financières.

Il ne s'agissait pourtant pas d'autoriser une rémunération de leurs rugbymen mais la compensation des heures non travaillées et le remboursement des frais engagés dans le transport ferroviaire par ces hommes issus de la classe ouvrière (ouvriers, mineurs ou petits employés).

La rupture entre les 2 rugbys exprime l'antagonisme entre classes sociales et de ce fait l'opposition régionale entre le nord et le sud.

Au cours des années 1890, "sudistes", ardents défenseurs du plus strict amateurisme, et "nordistes", partisans de la reconnaissance du "manque à gagner" et du remboursement des frais médicaux issus des blessures récoltées durant les matchs, s'opposent avec de plus en plus de violence.

Newcastle et Cardiff
Equipe de rugby-football de Newcastle et Cardiff en 1890

Dès 1891, soit un an après la création de l'International Board, instance internationale du rugby chargée de la gestion du jeu et de ses règles, les clubs du Nord réclament une aide pour rembourser aux ouvriers le temps de travail perdu à cause des matchs disputés le samedi, jour ouvré, mais la Rugby Football Union (RFU) refuse.

Réunis le 29 août 1895 au George Hotel d'Huddersfield, 21 clubs du Yorkshire (Batley, Bradford, Brighouse Rangers, Halifax, Huddersfield, Hull, Hunslet, Leeds, Liversedge, Manningham et Wakefield) et du Lancashire (Broughton Rangers, Leigh, Oldham, Rochdale, Saint Helens, Tyldesley, Warrington, Widnes et Wigan) décident de payer le "manque à gagner" (six shillings) à leurs joueurs et font sécession en créant une fédération autonome, la Northern Rugby Football Union.

C'est l'origine du rugby à XIII.

Plaque sur le George Hotel d'Huddersfield
Plaque sur le George Hotel d'Huddersfield

Le samedi 7 septembre 1895 démarre le premier championnat de la Northern Rugby Football Union, une compétition à dix matchs.

Deux ans, plus tard, Batley remporte aux dépens de St Helens la première édition de la Challenge Cup (coupe d'Angleterre) par 10 à 3. La finale a lieu à Leeds-Headingley.

Parallèlement, les responsables fédéraux étudient diverses modifications des règles, en particulier la suppression de la touche.

Le mardi 19 juillet 1898, ils légalisent le professionnalisme.

Cependant il faudra attendre 1906 pour que le nombre des équipiers passe de 15 à 13 et que la mêlée ouverte soit remplacée par le tenu.

Finale Challenge Cup 1897 Batley - St Helens
Finale Challenge Cup 1897 Batley - St Helens

La Northern Rugby Football Union se propage au Pays de Galles en 1907 et à l'Australie et la Nouvelle-Zélande en 1908.

En 1922, la Northern Rugby Football Union disparait, lui succède la Rugby Football League.

La Rugby Football League (RFL) est, aujourd'hui, l'instance gérant le rugby à XIII au Royaume-Uni. Elle gère l'équipe nationale, la Challenge Cup (coupe d’Angleterre), la Super League (première division professionnelle), le Co-operative Championship (deuxième division professionnelle) et la League One (troisième division semi-professionnelle).

Elle administre, en association avec la British Amateur Rugby League Association, le secteur amateur du rugby à XIII.

L’ancêtre de la fédération internationale de rugby à XIII est créée en 1927 sous le nom d’Imperial Rugby League. Lui succédera à partir du 25 janvier 1948, l’International Rugby League qui organisera la première Coupe du Monde de Rugby à XIII en 1954 (à Paris). Elle est remplacée, depuis 1998, par la Rugby League International Federation (RLIF).

logo du Rugby Football League (RFL)
logo du Rugby Football League (RFL)

En France

Le rugby à XIII sera introduit en France en 1934 après que le rugby français (à XV) soit exclu du tournoi des cinq nations pour amateurisme marron et jeu déloyal sur le terrain (brutalité) de 1931 à 1947.

Le 2 mars 1931 voici le message qu’adressent les Unions Britanniques à la Fédération française : " Nous sommes dans l’obligation de déclarer, qu’étant donné les conditions peu satisfaisantes dans lesquelles le rugby-football est dirigé et joué en France, ni notre Union, ni les clubs dépendant de sa juridiction ne pourront organiser de matches avec la France ou avec les clubs français jusqu’à ce que nous obtenions la certitude que le contrôle et la conduite du jeu soient organisés sur des bases satisfaisantes qui sont essentielles ".

Mais, revenons au début de l'histoire. Ce sont des expatriés anglais qui ont joué pour la première fois au rugby, ou à l’une de ses formes, en France, dans le cadre du Havre Athletic Club, en Normandie. C’était en 1872.

Dès les premières années, l’aristocratie et la grande bourgeoisie françaises s’emparèrent de ce sport, y voyant un moyen de retremper le moral de la caste des officiers après la défaite humiliante de la guerre de 1870.

Le véritable rugby fut importé à Paris par l’English Taylors Club l’année suivante. En 1888, on recensait trois clubs dans la capitale (Stade français, Racing Club de France et l'Olympique).

Un des tout premiers écrivain français à jouer au rugby fut Henri-Alban Fournier (1886-1914). Sous son nom de plume, Alain-Fournier, il a écrit Le Grand Meaulnes, roman classique sur un amour d’adolescence. Parmi sa correspondance, on a conservé des lettres adressées à des amis, joueurs parisiens, où il les invitait à venir prendre part à des matchs en bord de fleuve, dans le parc de Bagatelle, entre le bois de Boulogne et une large anse de la Seine.

Alain-Fournier
Alain-Fournier, mort au combat le 22-09-1914 à Saint-Remy-la-Calonne

Mais pourquoi, après avoir commencé comme un sport d’officiers à Paris, le rugby s’est-il transformé en un jeu de paysans dans le Sud-Ouest ?

Au Royaume-Uni, le rugby a prospéré dans toutes les classes, ouvrière, moyenne ou supérieure, ou chez les mineurs et les agriculteurs des pays celtes. Or, en Bretagne, il n’a jamais réussi à s’implanter.

Il a été introduit dans le sud-ouest par J. J. Shearer, homme d’affaires écossais installé à Bordeaux. " Dans le Sud, le rugby n’a pas vraiment surgi des caves à vin, mais, en particulier avant la Première Guerre mondiale, il sentait distinctement le bouchon ", note Jean Lacouture.

Ce dernier fait remonter le développement du rugby football dans le Sud-Ouest à la victoire du Stade Bordelais sur un club parisien lors du championnat national de 1899.

Alain-Fournier
Stade Bordelais champion de France 1899

Ensuite, le rugby s’est répandu comme une traînée de poudre dans les bourgs et villages du Sud et du Sud-Ouest. Ce jeu est devenu incroyablement populaire dans le Sud-Ouest en tant que manifestation du "nationalisme" et de l’orgueil régional, expression de la résistance à Paris, qui cherchait à réduire au silence les cultures locales.

Dans le Sud-Ouest aussi, le rugby a avant tout passionné les villages et les bourgs plutôt que les villes. Dès le début, il a été pratiqué par de robustes jeunes fermiers et viticulteurs. La force motrice n’en était pas seulement l’orgueil régional, mais la “fierté locale villageoise”.

Le rugby est devenu un moyen de canaliser les antagonismes qui existaient depuis des siècles entre vallées et coteaux, villages et villages. Quelles qu’en soient les raisons, dans les années 1920 et 1930, le rugby français était devenu un sport géré au niveau national par des "aristos", mais joué par des paysans dans le Sud-Ouest.

Mais les dirigeants n’ont pas tardé à en perdre le contrôle.

La vision altière qu’avaient les Anglais du rugby, et que partageaient généralement les administrateurs français, a été piétinée par les joueurs ruraux. S’ils ont adopté avec enthousiasme le style de passes flamboyant que Paris avait développé, l’idée de jouer pour la beauté du sport les a laissés de marbre.

Pour les aficionados des campagnes gasconnes, le véritable objectif du rugby, c’était de faire mordre la poussière, au sens littéral du terme, au village d’à côté

France-Galles 1931
Tournoi des cinq nations 1931 France-Galles à Colombes

Les avantages financiers et même les primes de transfert devinrent monnaie courante. Tout comme la violence. Les arbitres se faisaient passer à tabac. On a déploré plusieurs décès.

Un joueur international a même été condamné à une peine de prison avec sursis pour un plaquage haut qui avait causé la mort d’un de ses adversaires âgé de 18 ans, lors d’une demi-finale du championnat de France (4 mai 1930, Parc Lescure de Bordeaux, Agen - Pau).

D’aucuns estiment que c’est là que se trouve l’origine de la brutalité caractéristique du jeu français de ces années. Au début des années 1930, cette violence a aussi touché les matchs internationaux, notamment contre l’Angleterre et le pays de Galles.

Par ailleurs, les rumeurs de professionnalisme rampant ont contribué à mécontenter la Direction Internationale de la Fédération de rugby.

Le 2 mars 1931, la France fut expulsée du Tournoi des Cinq Nations (1931-1947). Le rugby à XV, en tant que sport organisé, était fragilisé.

Les responsables de la Rugby Football League, prenant l'éviction de l'équipe de France de rugby à XV du tournoi des Cinq Nations comme une opportunité, tentent de convaince quelques joueurs cadres de s'essayer au rugby à XIII, sport professionnel en Angleterre à partir de 1895.

C’est ainsi que commence l'histoire du rugby à XIII en France. En quelques années ce rival, un temps baptisé "néorugby", a déferlé sur le Sud-Ouest comme le discours de Martin Luther dans l’Eglise catholique corrompue du XVIe siècle.

Paris-Soir du 4 mars 1931
Paris-Soir du 4 mars 1931

Arrivée du rugby League en France

La Rugby Football League, pour sa part, observait avec attention la situation française. Elle considerait la possibilité d'implanter le XIII en France (après 2 echecs en 1912 et 1921) et avait constitué en avril 1933 un groupe de travail destiné à évaluer le projet et ses chances de succès.

Alors que depuis la fin du XIXe, en Grande-Bretagne, les appellations des deux rugbys sont bien distinctes, avec rugby Union pour le rugby à XV et rugby League pour le rugby à XIII, en France l’arrivée du second ne lui permettent que d’accoler la dénomination "à treize" derrière le mot rugby.

Ainsi, le mot rugby qui désigne en France le sport qui se pratique avec un ballon oval, depuis la fin du 19ème siècle, accrédite l’idée qu’il n’y aurait qu’un seul rugby... Ce très lourd handicap originel en terme de communication se retrouve toujours de nos jours.

Six mois plus tard, une délégation de cind hommes de la RFL arrive à Paris pour préparer l'entrée du rugby à XIII en France. Un match de démonstration de "jeu à treize" est organisé (l'expression restera...) le 31 décembre 1933 entre l'équipe d'Australie qui rentrait au pays après sa tournée en Angleterre et une sélection anglaise au stade Pershing (est du bois de Vincennes, 12ème arrondissement de Paris).

La rencontre est placée sous le patronage de l’ambassadeur d’Angleterre et le bénéfice éventuel ira aux bonnes œuvres de la Caisse de Secours des journalistes sportifs. Si la rencontre s’avère être légèrement déficitaire (20 000 francs pour 10 000 spectateurs environ), elle est un triomphe sportif.

Affiche du premier match de XIII
Affiche du premier match de rugby à treize

Monsieur Jean

Avant de talent, Jean Galia (1905-1949), né à Ille-sur-Têt, ayant débuté à l'US Quillan avant de partir à l'USAP, ce catalan migra à Villeneuve sur lot dont il devint le capitaine de l'équipe de rugby à XV, le Club Athlétique Villeneuvois (CAV XV).

Il est l'homme incontournable du rugby de cette époque : champion de France en 1929 avec l'US Quillan, vice-champion en 1928 et 1930, international, 20 sélections en équipe de France, 3 essais de 1927 à 1931, participe au Tournoi des Cinq Nations durant ces cinq années et fit partie de la 1ère équipe de France qui vainquit l'Angleterre en 1927 et le Pays de Galles en 1928.

Il fut radié en janvier 1933 par les notables de la Fédération Française de Rugby, bien plus pour les mauvais rapports qu'il entretenait avec eux que pour son non-respect contesté des règles de l'amateurisme (auxquelles à l'époque peu de dirigeants français ne rendaient en fait totalement grâce).

Il était accusé d'avoir acheté le transfert d'un joueur de l'USAP (effectuant son service militaire à Agen) en faveur du CAV XV.

La Fédération espérait surtout que cette radiation "exemplaire" (Jean Galia était considéré à l'époque comme l'un des meilleurs avants du monde) la ferait rentrer en grâce auprès de la RFU et lui permettrait de réintégrer le Tournoi des Cinq Nations.

Contacté à l'hiver 1933 par les Britanniques de la RFL (qui le considéraient comme le meilleur avant d'Europe du rugby), Galia "monta" rapidement la première équipe treiziste française avec laquelle, en mars 1934, il fit une mémorable tournée en Angleterre, en étant à la fois le capitaine et le manager. Cette équipe appelée les Galia's boys a été formée de 17 joueurs en délicatesse ou débauchés du monde quinziste.

Jean Galia et Tournée de 1934 en Angleterre
Jean Galia et tournée de 1934 en Angleterre

A partir de cette tournée, en raison d’un nombre sans cesse croissant de personnes conquises par ce nouveau jeu, plus rapide et spectaculaire que son frère quinziste, des clubs basculent de la FFR vers la Ligue Française de Rugby à XIII (LFR XIII fondée le 6 avril 1934) ou sont créés par des ex-dirigeants de clubs de la FFR. Le nombre des clubs et des licenciés augmentent très rapidement.

Dès la saison 1934-1935, on comptait 14 équipes dans le championnat treiziste semi-professionnel (notamment SA Villeneuve-sur-Lot, Albi XIII, Bordeaux XIII, SO Beziers, XIII Catalan, Côte Basque, RC Roanne, US Lyon-Villeurbanne, Pau XIII ou Paris XIII). La sélection nationale joua son premier match international le 15 avril 1934 contre l’Angleterre (stade Buffalo à Montrouge).

La suppression des relations du rugby à XV français avec les pays anglo-saxons et l’engouement particulier du public, de la presse et des hommes politiques en faveur du rugby à XIII firent diminuer fortement les effectifs de la FFR, de 784 clubs en 1930 à 471 en 1939.

A cette dernière date, on recensait 200 clubs amateurs de rugby à XIII et trois grands clubs, Narbonne, Carcassonne et Brive, passaient du XV au XIII.

Le rugby à XIII français était semi-professionnel. Dans le Sud-Ouest, le rugby à XV l’était aussi, mais moins ouvertement.

Stade Buffalo 1935
Match nul France-Angleterre au stade Buffalo (28/03/1935), 20000 spectateurs

Joueurs et fans français se sont passionnés pour le rugby à XIII. Fondé sur la course plutôt que sur d’interminables mêlées ouvertes, il épousait le style de bretteurs des français. Avant la seconde guerre mondiale, le XIII semblait voué à devenir la forme dominante du rugby en France. Mais il a connu un terrible revers de fortune.



Vichy

Au cours du XXe siècle, le sport a régulièrement servi les partisans de l’ordre et les régimes autoritaires dans leur projet d’endoctrinement et d’encadrement des masses.

L’Italie fasciste et l’Allemagne nazie témoignent de cette instrumentalisation du sport à des fins idéologiques et propagandistes. Ce processus est également repérable dans la France du Gouvernement de Vichy.

Au lendemain de la défaite militaire de juin 1940, la France plonge dans une crise d'identité nationale qui la précipite dans le chaos. Le pays s’en remet alors au maréchal Philippe Pétain, présent dans le gouvernement depuis mai 1940.

Le mythe du Sauveur, de l’homme providentiel, prend corps par le vote du 10 juillet 1940 qui donne au vieux héros de Verdun les pleins pouvoirs.

Philippe Pétain
Philippe Pétain

L’exécutif et le législatif entre ses mains, Pétain nomme et révoque les ministres et les secrétaires d’Etat, promulgue les lois et assure leur exécution. Si cette personnalisation du régime " Pétain c’est la France, la France c’est Pétain " s'apparente à celle mise en œuvre dans les régimes fascistes, Vichy se définit comme un régime autoritaire et charismatique, c'est à dire comme la rencontre d'un individu doté de vertus singulières et les attentes de la masse.

Cet autoritarisme, qui glisse vers le totalitarisme au fil de ces années noires, s’exerce dans tous les secteurs de la société et sous différentes facettes : une économie dirigée, une politique de maintien de l’ordre extrêmement répressive, une politique xénophobe et antisémite, une jeunesse mise au pas et un culte exacerbé du Maréchal.

Dans ce projet de renouveau, la formation des corps devient un objectif primordial.

" La culture physique sera à la base de la nouvelle éducation. Ce qui me tient le plus à cœur, c’est de faire comprendre à la nouvelle génération qu’on ne fait pas de grande race sans avoir de muscle " exhorte, dans ce sens, le premier Commissaire Général à l’Education Générale et aux Sports (CGEGS de juillet 1940 à avril 1942), Jean Borotra.

Ami d'Ybarnegaray, très attaché au maréchal qui le choyait, Jean Borotra, polytechnicien et gloire du tennis, obtint le poste afin de faire passer dans les faits les objectifs réactionnaires du nouveau gouvernement. Surnommé par les médias anglophones "the bounding Basque" (le Basque bondissant) il gagne les tournois de Wimbledon en 1924 et 1926, le championnat d'Australie (dont il est le seul "mousquetaire" à l'avoir remporté) en 1928 et Roland-Garros en 1931. Il est aussi 6 fois vainqueur de la Coupe Davis.

Jean Borotra
Jean Borotra

De fait, à l’image de l’Italie ou de l’Allemagne, les hommes forts de Vichy ambitionnent de régénérer, de viriliser et de fortifier la nation. Pour mener à bien sa mission régénératrice, Vichy conduit une politique autoritaire envers l’école, les mouvements de jeunesse et le mouvement sportif.

Cette politique est marquée par la mise sous tutelle du mouvement sportif (régime des agréments, amateurisme, serment de l’athlète, etc.). Elle répond à des enjeux idéologiques dont l’un des piliers demeure l’assainissement moral et physique de la "race française".

Le CGEGS met en place sa politique sportive dès juillet 1940. Organe pyramidal, le CGEGS comme le souligne Jean-Louis Gay-Lescot est "une structure rigide dont la seule finalité demeure la dépendance et l’obéissance au pouvoir politique".

L’ancien champion de tennis interdit la pratique professionnelle du tennis et de la lutte, annonce qu’il va faire de même dans un délai de trois ans pour le football, le cyclisme, la boxe et la pelote basque. Et surtout, surtout, interdit carrément toute pratique, même amateur, du rugby à XIII !

Il demande à Paul Voivenel (membre fondateur du Stade Toulousain et Président du Comité des Pyrénées de la Fédération Française de Rugby à XV) un rapport pour réorganiser le rugby.

Selon Voivenel, le "néorugby" est tellement exigeant du point de vue physique que sa pratique rend le joueur incapable de toute participation à la vie active.

Paul Voivenel
Paul Voivenel

Le journal de référence l'AUTO, titre " à Toulouse on a décidé : demain tous les clubs à XIII joueront à XV, le rugby à XIII est MORT ".

Un autre artisan de l'éradication du rugby à XIII est Joseph PASCOT, né le 11 décembre 1897 à Port-Vendres (Pyrénées-Orientales) et décédé le 4 juin 1974 à Ribérac (Dordogne). Directeur des Sports auprès de Jean Borotra de 1940 à 1942, il prend la succession de ce dernier le 18 avril 1942 jusqu'à la fin du gouvernement de Vichy le 17 août 1944.

L'interdiction basée sur le rapport Voivenel, qui, en récompense deviendra Président d'honneur de la FFR (XV), est validée par le gouvernement de Vichy. Le texte ne paraîtra qu'un an plus tard, en Décembre 1941.

Cependant, dès novembre 1940, le Rugby à XIII fut interdit aux clubs scolaires, collégiens, lycéens ou universitaires qui le pratiquaient depuis la saison 1935-36 (de 52 ils étaient passés à 79 pour la saison 1938-39).

Ces derniers n'étaient pourtant pas membres de la LFR XIII mais étaient membres des fédérations sportives concernant le sport dans les écoles, les collèges, les lycées ou les universités.

L’organisation de l’enseignement de l’éducation physique et sportive française mise en place par les équipes du CGEGS, dès juillet 1940, avec la création du Centre National de Moniteurs et d’Athlètes (CNMA) à Antibes (qui deviendra plus tard l’Institut National des Sports à Vincennes) subsiste encore aujourd’hui, notamment au regard des seuls sports collectifs (football, handball, basket, volley et rugby à XV) toujours exclusivement enseignés de nos jours, et depuis cette date, par les centres de formation (CREPS puis STAPS) et dispensés à nos futurs professeurs d’éducation physique.

Finale de la coupe de France de football 1943
Joseph Pascot, finale Coupe de France de football 1943

Les effets de cette interdiction (cf. décret n° 5285 du 19.12.1941, Journal Officiel de l’Etat Français du 27.12.1941) sont immédiats pour le rugby à XIII :

  • valent dissolution et perte d'avoirs tant pour les 13 clubs "professionnels" (c'est-à-dire qui dédommagent leurs joueurs) que pour tous les clubs amateurs de la Ligue Française de Rugby à XIII,

  • des biens immobiliers ou mobiliers de la LFR XIII et de clubs sont saisis (dans les derniers jours de décembre 1941 et au 1er trimestre 1942) soit de 2 à 3 millions de francs de l'époque (équivalent en 2006 de 0,60 à 0,91 million d'euros). Certains pourraient avoir été partiellement captés par la Fédération française de Rugby à XV.

Dans les faits ce ne furent pas les plus de 200 clubs qui constituaient la LFR en juin 1940 qui étaient visés par ce décret et qui furent le plus atteints (ceux-ci avaient, depuis fin octobre 1940, soit arrêté toute activité sportive, soit s’étaient réinvestis dans d’autres sports voire s’étaient reconvertis dans le rugby à XV de la FFR sur les conseils, le 15 octobre 1940, des dirigeants de la LFR XIII).

Mais c’était la Ligue (Fédération) Française de Rugby à XIII (LFR XIII) devenue, à partir de décembre 1940, une coquille vide (plus de clubs membres, plus d’activités) qui était ciblée. L'intégralité de son patrimoine est transféré au Comité national des sports (CNS) pour liquidation.

Ainsi les biens de la LFR XIII, de toute nature, ont disparu, ceux de la Ligue à Paris et à Bordeaux, ceux des ligues régionales et aussi dans les clubs : ils ont été saisis par le régime de Vichy et sa révolution nationale ou volés ou parfois ils pourraient aussi avoir été partiellement dévolus au rugby à XV.

Journal officiel du 19 décembre 1941
Journal officiel du 19 décembre 1941

Sous la pression du rugby à XV (1er Protocole LFR XIII / République / FFR du 10 juillet 1947) et pour obtenir l'agrément définitif de la République Française, la LFR XIII est, à son congrès d'Arcachon (2, 3 et 4 juillet 1948), dans l'obligation de prendre un nouveau nom : Fédération Française de Jeu à XIII (le registre des délibérations et les statuts furent déposés à la Préfecture de la Gironde le 24 juillet 1948)

Le terme générique rugby est confisqué par les tenants du XV au profit exclusif du XV.

Par l'octroi d'un nouvel agrément publié au Journal Officiel du 22 avril 1949, la Ligue Française de Rugby à XIII devient la Fédération Française de Jeu à XIII (FFJ XIII).

Commence alors une nouvelle période de gloire pour la discipline.

Equipe de France de la FFJ XIII
Equipe de France de la FFJ XIII

En 1951 l’équipe de France atteint son zénith, lors de la première tournée en Australie. Les australiens découvrent ce qu’ils considèrent, aujourd’hui encore, comme la plus grande équipe de tous les temps.

L'équipe de France, accompagnée par de nombreux journalistes français, effectue cette tournée sur une période de quatre mois, à cheval sur l'Australie et la Nouvelle-Zélande, du 14 mai au 18 septembre 1951 pour un retour triomphal à Marseille.

Cette équipe composée de 27 joueurs disputa 21 matchs en Australie, dont 3 test-matchs et 7 matchs en Nouvelle-Zélande, dont 1 test-match.

Les test-matchs : le 11 juin, Sydney Cricket Ground, victoire 15-26, 60160 spectateurs ; le 30 juin, Brisbane Cricket Ground, défaite 23-11, 35000 spectateurs ; le 21 juillet, Sydney Cricket Ground, victoire 14-35, 67009 spectateurs ; le 4 août, Carlaw Park Parnell, défaite 16-15, 19229 spectateurs.

100000 personnes accueillent l'équipe de France 1951
plus de 100000 personnes acclament l'équipe de France 1951 à sa descente du bateau

L'accueil du public marseillais, pour le retour de l'équipe de France de Jeu à XIII de sa tournée australenne de 1951, donne une idée de la popularité du " Jeu à XIII ", à l'époque ! L'équipe de France renouvellera cet exploit lors des tournées de 1955 et 1960.

A l'initiative de la Fédération Française de Jeu à XIII (FFJ XIII), soutenue par la RFL, a lieu en France, la 1ère édition de la Coupe du monde de rugby à XIII. Elle se déroule du 30 octobre au 13 novembre 1954 (finale à Paris, Parc des Princes [30.368 spectateurs payants]).

Le succès populaire est au rendez-vous mais les dirigeants du Jeu à XIII commettent l’erreur fatale de refuser la diffusion du championnat à la télévision à la fin des années 1950 : " à quoi bon, les stades sont pleins ! ".

En revanche, les quinzistes vont s'en saisir ! Le duo Roger Couderc - Pierre Albaladejo associé à la vitrine du tournoi des cinq nations vont permettre au rugby à XV de retrouver la première place perdue à la fin des années 30 !

Roger Couderc et Pierre Albaladejo
Roger Couderc et Pierre Albaladejo

Quasiment absent des écrans (Il n'y a que 3 chaines de télévision à cette époque), sauf finale du championnat une fois par an, le XIII qui compte toujours un large public dans les stades, s'enfonce progressivement dans un anonymat médiatique.

Il perd toute crédibilité le 17 mai 1981, lors de la " finale de la honte " du championnat de France entre Villeneuve sur Lot et le XIII Catalan au stadium de Toulouse : l’antenne est heureusement coupée après une bagarre générale de dix minutes.

Cette finale n’a duré que quatre minutes. Pendant ce temps très éphémère, ce ne fut qu’un échange de mauvais gestes, plaquages hauts et coups de poing.

Devant 6700 spectateurs la finale est interrompue et ne reprendra pas ! Les programmes d'Antenne 2 (chaîne qui retransmettait le match) sont bousculés.

La sidération est totale. Cette bataille rangée est reprise dans les journaux télévisés. La Dépêche du Midi parle d’apocalypse. Dès lors, le jeu à XIII, déjà considéré comme de seconde zone, a mauvaise réputation auprès des journalistes sportifs.

Les treizistes disparaitront complètement des écrans de télévision de 1981 à 2006 (retour du XIII sur Sport+).

écran de télévision de 1981 à 2006
écran de télévision de 1981 à 2006

Déjà historiquement jeu de terroir, dont les frontières sont circonscrites, pour l'essentiel, au Lot, à la Haute-Garonne, à l'Aude, aux Pyrénées-Orientales et au Vaucluse, le jeu à XIII n'a pas beaucoup évolué géographiquement depuis.

Seul un combat juridique intense initié en 1985 par Jacques Soppelsa (agrégé de géographie et titulaire d'un doctorat de l'Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale), président de la FFJ XIII de 1984 à 1987, a permis au XIII de retrouver son nom initial, rugby à XIII.

Par un arrêt de la Cour de cassation du 4 juin 1993, qui déboute définitivement la FFR, les treizistes peuvent à nouveau se regrouper sous l'appellation " Fédération Française de Rugby à XIII " (J.O. du 26 janvier 1994).

Cependant, comme c’est souvent le cas dans la mémoire française des années noires, il est possible de conclure que la seule chose qui subsiste de cette histoire (peu glorieuse) reste le silence et l'oubli.

Elle est ignorée non seulement par l’immense majorité des pratiquants et supporters quinzistes mais également par la population française.

Seuls quelques historiens spécialistes ont mis en lumière les réalités de cette période : Jean-Pierre Bodis, Robert Fassollette et Jean-Louis Gay-Lescot en France et Mike Rylance en Angleterre.

Il convient également de souligner que le journal L’EQUIPE, dans son supplément N° 21483 du samedi 11 mai 2013, a consacré l’essentiel de sa parution à cette histoire.

Jacques Soppelsa
Jacques Soppelsa

Avec l’avènement des Dragons Catalans, présents dans le meilleur championnat de l’hémisphère nord, la Super League, depuis 2006 et avec une visibilité retrouvée à la télévision sur les chaines de BeIn Sports, de juillet 2012 à octobre 2019, avec les voix du célèbre duo de commentateurs : Rodolphe Pires et Louis Bonnery, le rugby à XIII retrouve droit de citer.

De plus, la présence du Toulouse Olympique en Super League ou en Champioship renforce cette impression.

La signature, mardi 20 octobre 2015, à Paris, avec les Ministres de l’Education Nationale et de la Jeunesse et des Sports, ainsi qu’avec les fédérations scolaires de l’UNSS et de l’USEP, d'une convention destinée à favoriser la pratique du rugby à XIII de l’école primaire au lycée, constitue, pour l'avenir du XIII, le meilleur gage de son développement à long terme.

Le seul moyen d'ouvrir le ghetto géographique qui emprisonne le rugby à XIII français et de lutter contre sa consanguinité mortifère ne peut être qu'une solution de long terme liée à l’information et à la formation.

Logos
Les logos des Dragons Catalan et du Toulouse Olympique

L'arrêt de la diffusion des matchs des Dragons Catalans, par BeIn Sports, à la fin de la saison 2019 marque le début d'un nouvel épisode de stagnation du rugby à XIII en matière de communication.

La diffusion reprendra en 2022 pour 9 des 13 matchs au stade Gilbert Brutus ainsi qu’une sélection de matchs de Super League, comprenant les Play-Offs et la Finale à Old Trafford. A l’occasion de cette première journée, BeIn Sports diffusera également en direct le premier match de l’histoire du Toulouse Olympique en Super League, face à Huddersflield, samedi 12 Février à 20h.

Les retransmissions de BeIn Sports s'arrêtent à la fin de la saison 2022. Un relai partiel sera pris pour la saison 2023, grace à un accord de retransmission avec la plateforme digitale de l’équipe (site internet et application) pour la diffusion de 5 matchs des Dragons Catalans.

L'accord est reconduit et étendu avec l'équipe live en 2024 et comprend tous les matchs de la saison (à domicile et à l'extérieur). Il en va de même avec TV3 qui diffusera sur sa plateforme digitale en Espagne tous les matchs des sang et or en 2024.

Les accords avec l'équipe live et TV3 sont reconduits en 2025.

l'EQUIPE Live à Brutus
l'EQUIPE Live à Brutus

Enfin, signe de reconnaissance de l’importance de la contribution française à la création de la Coupe du monde de rugby à XIII et de la Fédération Internationale (RLIF), cette dernière vient de donner le nom de son créateur à son trophée qui récompense le vainqueur de l’épreuve masculine, Paul Barrière trophy (Président de la Fédération Française de Jeu à XIII de 1947 à 1955).

A titre de comparaison, arrêté à l'année 2025, le rugby à XIII a organisé 16 coupes du monde (depuis 1954) et est professionnel depuis 1898, le rugby à XV, 10 coupes du monde (depuis 1987) et est devenu professionnel en 1995.

Paul Barrière Trophy et Paul Barrière
Paul Barrière Trophy et Paul Barrière



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